retour au sommaire


MONIQUE DELAND

Avec rien,
on peut faire n'importe quoi


 

Il faut voir les choses telles qu’elles sont. Tout est à terre, à présent. Les noms propres, les verbes d’état, les statues de sel et leur adresse.

Le peu qui tient encore ne ressemble à rien. On entend noircir le cri totem des corbeaux. L’itinéraire dansé, l’amour infesté, ça n’existe plus. Fin carabine.

Aux planchers de la tête qui menaçaient de s’effondrer s’ajoute la débâcle des murs.

La matière humaine, ses pieux et croisillons, passée au rayon X. Carcasses d’architecture. Sans retour possible, on voit l’infini de ce qui finit. On est plongé dans le cœur ouvert du désastre. Et ça suinte et ça ressue.

Cube éventré, poutres sacrifice, blanc de plâtre testament, voilà le décor. Loin debout sur la pointe des pieds, on est l’animal volatil dans l’enclos de toutes les falaises. L’horizon libre nous saute à la gorge.

On voit où ça bute, où c’était écrit que ça allait buter. Où ça pend. On voit les réseaux de tuyaux coupés, les filages enroulés en familles de serpents, les coulures de sang sur les efforts de rejointoiement.

On est entré d’avance dans la vérité. Tout est apparent, écaillé, et la vie n’a plus de secrets.

Impossible dans le rayon de se voir plus nu. Éclairage de fortune amarré aux vertèbres cervicales. La poussière qui flotte est notre unique vêtement.




 
 
 
2017 © revue littéraire Les écrits design : les crédits